L’anniversaire de Godefroy

Godefroy remplissait son caddie un jour de juillet joli. Il prenait les condiments sur les étals en veillant à ne pas prendre trop de bonbons Regalad et d’alcool 1664. Et puis il se dit, fichtre on ne vit qu’une fois ses 36 ans.

Quand il entra dans mon bureau, aimant et enthousiaste comme un labrador, j’eus tout de suite envie de lui mettre un torgnole. Il marchait dans sa chambre avec ses grosses pantoufles en raclant le bois. Je lui dis de ne pas racler ses pantoufles. « Je travaille », lui dis-je alors que je faisais du shopping sur internet. Il me dit que c’était son anniversaire aujourd’hui.

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Le grand désarroi contemporain de Johnny Walter

Johnny Walter avait envie de mettre le feu à la pile de papiers qui courait sous ses pieds farfelus. La haine qui l’emplissait, sauvage homme cow-boy, était toute proportionnelle à la bonté originelle de son cœur.

Lui qui jamais ne s’était plaint, jamais n’avait refusé de gratter la terre en en mettant sous ses ongles ; avait acheté des patates et les avait cuisinées, au lieu de prendre les plats cuisinés tout faits ; s’était fait traité de gros au boulot, et n’avait pas pleuré dans la torpeur de sa chambre, lorsqu’il était rentré chez lui, dans son bled de province où aucune prostituée n’habitait, et où personne ne le voulait toucher, tout cela parce qu’il refusait d’avoir internet et de baiser en ligne.

Johnny, oh Johnny, pour penser à autre chose, écoutait un vieux disque. Il fit pchiter une délicieuse bière, dont le vent frais et l’écume suffirent à le rafraîchir. Johnny vivait près de Chartres. Il contemplait le village de Mainvilliers. Oui, oh oui, il avait sans doute raté quelque chose dans sa vie. Mais quoi ? Mais quoi ?

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BLURB.

Ouverture. Visage face caméra, fond bleu turquoise.

« Je m’appelle Solange et j’ai 34 ans. Aujourd’hui, certains personnes me disent encore, en rigolant, pensant bien faire : « t’es con! » Mais la connerie ça n’a rien de marrant. C’est une maladie. Et je m’y connais, ça fait 34 ans que je vis avec. »

Ralenti, flou sur visage, texte.

« Solange souffre d’un symptôme très répandu mais peu reconnu aujourd’hui en France. Elle est super-conne. »

Retour à l’interview face caméra, sur fond turquoise avec des petites licornes à paillettes rose fuschia.

« Ça commence quand tu dis de la merde, les gens vont soit rire, soit être incrédule, soit se détourner de toi. »

Image d’archive. Une maîtresse demande au tableau à Solange, 14 ans, en CM1 : « Alors, peux-tu me situer le Canada sur la carte ? » Et Solange montre le Japon, puis l’Afrique du Sud, puis les Caraïbes, puis le bout du nez de la maîtresse.

Retour interview, face caméra, où Solange se met un doigt dans le nez. Cut. Retour interview, Solange est très concentrée.

« Aujourd’hui, si j’ai écrit un livre à quatre pattes, avec mon éditeur Archie Dérangé, c’est pour dénoncer la discrimination que les gens cons subissent, au travail par exemple, à la différence des gens bons. Les employeurs croivent qu’ils peuvent tout se permettre, alors que c’est non, c’est nous qui avons tous les droits, les mêmes que les autres. »

Image d’illustration : Solange en train de danser la danse des dingos en faisant des bruits d’orang-outan.

Texte : Depuis 2015, à cause de sa connerie, Solange a même été recalée à 3 émissions de télé-réalité.

Avec son manager, Archie Prèdesessous, elle a lancé sur une pétition pour faire interdire le mot « con » de la chanson de George Brassens : « Quand on est con, on est con », qui compte déjà 3 signatures.

Moment volé de Solange avec Archie Prédesessous : « Je l’écoute chaque jour cette chanson, et elle me fait trop de mal », dit-elle en versant une larme. Le bras d’Archie vient faire un « tap tap » réconfortant sur son épaule.

Retour interview face caméra.

« Mon message c’est un message d’espoir aujourd’hui, à tous les cons de la terre et de l’au-delà. C’est pas parce que VOUS êtes CONS que vous valez moins QUE les autres. »

BLURB.

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Concours de poésie, Le journal de Mickey

Sur le thème Vacances à la ville ou à la campagne #smiley, les jeunes lecteurs ont composé des poésies,

Sur le thème Vacances à la ville ou à la campagne #journal de Mickey, le jury donne le premier prix à « béton moisi »,

Voici l’œuvre de Tatiana, quel joli prénom pour une fillette de 7 ans, qui reçoit un abonnement au journal de Mickey et un sac Vanessa Bruno d’une valeur de 500 euros.

Les bégonias sont en fleurs dans un baquet en pierres au milieu du jardin

Ma tête est lourde et les bégonias sont loin

Les bégonias sont une image dans ma tête mais la font-ils peser

Les bégonias fixent de leur pétale rouge mon cerveau engourdi

Le soleil vert sur la plage lointaine dans la brume du midi

Le soleil est comme les bégonias une image embarrassée

Dans ma tête où seuls les marteaux piqueurs de la ville travaillent

Dans le vide où un ouvrier se jette de la grue

Dans la ville polluée où à force de vivre rien qui vaille

Je pleure encore mes bégonias perdus

Dans la rue où sont tous les dangers sous une voiture peut-être

Sous les bégonias enfin je verrai la pointe du soleil vert dans les hêtres

Tatiana, 7 ans.

Dédé Panneur, poète

« Ô sémillante Camille,

Ton velouté, ton nez blanc si recourbé,

Ta chasuble brune et brillante sur la tête,

que j’ai été ému de m’asseoir à côté d’une bonne femme côté passager,

Comme les hommes sont bêtes d’aimer ainsi être attachés, qu’ils s’accrochent ensuite à leur bourreau femelle, comme j’en fais partie ! »

deux demis deux demis deux demis

Six demis plus tard, je réfléchissais toujours à comment j’avais jusqu’alors existé :

pensant que commettre des erreurs est une faiblesse, mais moi-même en ai-je fait ?

Pensant que l’ignorance est de la stupidité, mais comment puis-je savoir ce que j’ignore moi-même ?

Je ne sais pas, alors, n’est-ce pas exactement cela ma bêtise ?

Bertrand-Michel entra dans le bistrot.

_Tu sembles bien mélancolique, lui ai-je dit moi-même le coeur brisé.

Bertrand-Michel me lança un regard bouleversé puis fondit en larmes.

_C’est cette chanson que j’écoutais dans ma grosse dépanneuse.

_Allons donc l’écouter, lui ai-je répondu saisi d’une envie de sangloter.

Deux dépanneuses garées en épi sur le parking du troquet Les garnements. Ils se dirigèrent vers la deuxième, forcément.

_C’est un cédé que mon fils m’a offert pour la Noël, renifla Bertrand-Michel.

_ « Je suis de celle qui disent toujours oui, je ne suis pas la jolie, je suis sa copine », se lamentait Bénabar.

Et là je me rappelai Camille dans sa voiture, et ses mains sur le volant, sa rondeur innocente et je crus que je l’avais compris.

Et je pensais à la ceinture autour de moi côté passager, et je me disais que cela pouvait être agréable d’être ainsi emmené.

poètes