Task Force Gestes Barrières

C’était la « Task Force » constituée par le ministre de la Santé pendant la pandémie de coronavirus. Un groupe de fringants jeunes hommes et femmes de compétition, de belles bêtes pour la plupart sortis de Sciences Po (d’où viendraient-ils sinon ?). La « Task Force » avait pour mission de « généraliser l’adoption des gestes barrières », ce qui recouvrait deux missions : l’identification des gestes barrières utiles ; la promotion de ces gestes barrières à travers des actions de communication particulièrement subtiles, dont l’objectif était d’emporter la conviction profonde de chacun.

Pour cela les jeunes gens de la Task Force avaient sciences-poïsé (c’était-à-dire balayé rapidement et extrapolé avec suffisance et prétention) des notions de philosophie, de psychologie, de juridisme émotionnel, pour créer des campagnes d’affichages dans tout Paris qui avaient pour but de percer le subconscient de chacun ; en rendant chaque geste barrière indispensable à toute vie humaine cool ; en créant chez chacun un besoin irrépressible du geste barrière.

Mais voilà qu’une fois la victoire définitive acquise contre la pandémie, à laquelle la Task Force avait le sentiment d’avoir collaboré tel un bûcheron sciant la branche sur laquelle il est assis, elle ne sut plus quoi faire. Elle observa, avec douleur, une populace s’affranchissant du jour au lendemain, sans plus de remords, de ces gestes barrières qui avaient tant fait pour eux.

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Les contes vegan de R2D2

Après Perrault, Andersen, c’est le meilleur.

Il y avait ce conte charmant, qu’on me racontait autrefois.

C’était l’histoire d’une princesse tout à fait moderne pour l’époque. Elle vivait avec un petit pois. Celui-ci n’était pas dans son lit, mais dans sa tête, et quoiqu’en disent les détracteurs, il n’était pas chiche.

Il vivait dans le médaillon qu’elle portait, et fermait avec un petit cliquetis, de ses longs doigts délicats. Elle y voyait l’un de ses petits détails de son raffinement féminin.

Cette jeune femme faisait très attention à tout ce qu’elle mangeait, et c’est pour cela qu’elle vénérait son ami le petit pois qui, espérait-elle, lui donnerait aussi le petit poids.

Elle ne mangeait pas les autres êtres vivants, ce que faisaient avant la grande majorité des gens. C’est drôle quand on se le figure ! De manger d’autres êtres pourvus de figures, qui expriment la peur au moment de se la faire trancher.

Mais à l’époque, chacun devant mourir, tous avaient en tête de finir dans le même panier. Alors, un peu plus tôt, un peu plus tard…

Mais déjà, la princesse et d’autres jeunes personnes avaient décidé d’en finir avec cette barbarie. Mi-figue, mi-raisin, car la décision était frustrante. Elle généra néanmoins un appétit, par sa frustration même, d’aller plus loin.

Suite au prochain épisode.

Vieux bouffant une crème brûlée dans son hospice de jour

Le dessin « Vieux bouffant une crème brûlée dans un hospice de jour » est un dessin très émouvant de l’artiste Frémulon Gre. On y voit un vieillard, assis sur la chaise de la cantine, en vitrine du rez-de-chaussée du 29, rue de Penaud-sous-Bois, à Souppes-sur-Loir, à côté d’un magasin de papeterie, qui racle le fond d’une crème brûlée industrielle avec le petit pot en aluminium plissé que ceux qui vont faire les courses et mangent encore parfois des dessert industriels connaissent bien. La beauté de cette scène saisie en 5 secondes, alors que Frémulon sortait de son appartement pour aller déjeuner un midi sur la placette de Souppes-sur-Loir, est qu’elle restitue l’intention du vieillard de racler les morceaux de cette fade crème brûlée jusqu’à la dernière « miette » (je ne sais pas comment on dit pour les petits éclats mous de crème qui restent à la fin). Au point, presque, d’entendre le bruit de la cuiller sur l’aluminium plissé et légèrement tordu par sa faible mais déterminée empoignade.

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Peau de Caste

On était en 1776 à la cour.

A cette époque il s’en passait des choses dans le Grand Salon Chambellan VI de Louis de La Gardière, et dans le boudoir de Mademoiselle de l’Epi Doré.

L’aristocratie était en ébullition. Eveillée, liseuse de beaux ouvrages, plus dévoreuse de bonnes feuilles qu’une limace bourguignonne, prompte aux discussions brillantes et narquoises, elle se préoccupait avec noblesse, avec majesté, en ces temps pré-révolutionnaire, presqu’exclusivement du bon peuple.

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